jeudi 25 août 2016

COMIC CON PARIS 2016


Tout doucement la date du début du Comic Con Paris 2016 se rapproche. Son affiche a été dévoilée hier. Je la trouve très belle et adéquate puisqu'elle met à la fois à l'honneur les héros de Marvel et Paris.

LE COMIC CON PARIS 2016 DÉVOILE SON AFFICHE, UNE CRÉATION UNIQUE 
SIGNÉE MARCO CHECCHETTO ! 

Le Comic Con Paris 2016, qui aura lieu du 21 au 23 octobre prochain à la Grande Halle De la Villette, dévoile en exclusivité l’affiche de sa nouvelle édition, un artwork original créé par Marco Checchetto qui sera présent durant toute la durée du festival sur l’espace Panini Comics.


Cette année, le festival met l’univers Marvel à l’honneur en mettant en scène ses personnages emblématiques allant des Avengers, à Dr Strange en passant par X-Men.


Marco Checchetto est un dessinateur de comics Italien. Il travaille pour Marvel depuis 10 ans. Avant de s’installer dans la Maison des Idées, il a collaboré avec Image, PSM Playstation Magazine, Star Comics et Giochi Preziosi en tant que concept artist de jouets.

Arrivé chez Marvel, il a participé à Avenging Spider-Man, Superior Spider-Man Team Up, Avengers, Avengers World et il a dessiné de nombreux personnages comme Deadpool, X-Men, Venom, Carnage, Morbius... En 2011, Marvel lui propose de s’associer à Greg Rucka sur la série The Punisher. En 2015-2016, Marco imagine avec Stefano Vietti la mini-série Life Zero publiée par Panini Comics. Parallèlement à ce projet, il a illustré plusieurs séries dans l’univers de Star Wars éditées par Marvel. Il a ainsi dessiné Les Ruines de l'Empire écrit par Greg Rucka, et Obi-Wan & Anakin scénarisé par Charles Soule.

Marco dessine en ce moment la nouvelle série Marvel NOW : Gamora imaginée par Nicole Perlman (scénariste des films Les Gardiens de la Galaxie et de Captain Marvel, prochainement au cinéma) publiée par Panini France.



Comic Con Paris : l’événement incontournable des fans de pop culture !

#ComicConParis

Billetterie: Pass 3 jours et billets « jour » en vente sur le site 
www.comic-con-paris.com à un tarif préférentiel (quantité limitée)

- Vendredi (9h30 – 19h): 21.99€ 
- Samedi (9h30 – 19H): 21.99€ 
- Dimanche (9h30 – 18h) : 21.99€ 
- Pass 3 jours : 59.90 €
- Inscription au concours de cosplay sur ce lien : http://www.comic-con-paris.com/cosplay/

Autre post du blog lié au COMIC CON PARIS 2016

mercredi 24 août 2016

DIVINES


Drame/Un beau film à découvrir

Réalisé par Houda Benyamina
Avec Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Kevin Mischel, Jisca Kalvanda, Yasin Houicha, Majdouline Idrissi

Long-métrage Français
Durée: 01h45mn
Année de production: 2016
Distributeur: Diaphana Distribution 

Interdit aux moins de 12 ans

Date de sortie sur nos écrans : 31 août 2016


Résumé : Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : J'étais curieuse de découvrir DIVINES qui a obtenu la Caméra d'or au 69ème Festival de Cannes. Pour rappel, la Caméra d'or récompense un premier film. Je n'ai pas été déçue, DIVINES est un très beau film. J'ai aimé son aspect viscéral, il permet au spectateur de vivre des émotions brutes et sans détour. La réalisatrice, Houda Benyamina, met en scène une réalité dure et implacable qu'elle lie à des moments de grâce de toute beauté sans jamais s'éloigner de son sujet. Sa réalisation est inventive, directe et par moments, poétique et lumineuse. Son message n'est pas tendre. Le film est difficile car il s'encre dans une réalité qui n'est agréable, mais en même temps il est émouvant car son héroïne fait des choix qu'elle paye le prix fort. Elle est l'outil de sa souffrance et de sa propre tragédie. La grande réussite du film est qu'on comprend les personnages, même si on adopte pas leur point de vue et qu'on n'est pas d'accord avec leurs décisions.  Cependant, on apprend à les connaître assez pour voir que leurs choix se basent sur des critères plus complexes que ce qu'on peut penser au premier abord et surtout que derrière une carapace abrupte se cache souvent un grand cœur que les coups durs ont piétiné.

Les acteurs et actrices sont superbes avec en tête le duo Oulaya Amamra, qui interprète la jeune battante Dounia, et Déborah Lukumuena, qui interprète l'attendrissante et attachante Maimouna. Ces deux jeunes filles ont des rêves plein la tête mais sont coincées dans un monde dans lequel les courts moments de joie sont vite rattrapés par la sordide réalité.




J'ai beaucoup aimé DIVINES car il peut se ressentir et/ou faire réfléchir. La réalisatrice propose les deux niveaux de lecture aux spectateurs, à eux de faire leur choix et de vivre le film comme ils l'entendent. En tout cas, je vous le conseille absolument car c'est un premier film surprenant, intéressant et doté d'une vraie envie de faire passer des émotions. C'est une très belle découverte.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne regarder/lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

J'ai eu la chance de découvrir DIVINES lors d'une projection en avant-première. L'équipe du film composée de la réalisatrice Houda Benyamina et des acteurs Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Kevin Mischel et Jisca Kalvanda a eu la gentillesse de venir répondre à nos questions à la fin du film. Retrouvez cette session de questions/réponses dans les vidéos ci-dessous :





LES ENTRETIENS DU DOSSIER DE PRESSE

E n t r e t i e n avec Houda BENYAMINA

Depuis quand ressens-tu que ce film est en toi ?

Mon besoin de créer vient toujours d’un sentiment d’injustice. À l’origine du film, il y a eu les émeutes de 2005, que j’ai vécue de l’intérieur. J’ai raisonné mes proches, mais j’avais moi aussi envie de sortir et de tout défoncer. Je me suis ensuite demandée pourquoi cette colère n’avait pas abouti à une véritable révolte. Au final, il n’y a pas eu de revendications, les jeunes ont brûlé des voitures en bas de chez eux et ne sont pas sortis du périmètre dans lequel ils étaient cantonnés, faute de la maîtrise du verbe, faute d’intelligentsia. Il y a dans l’histoire les fantômes de Zyed et Bouna, et des humiliés de notre société. Je ne dirais pas pour autant que DIVINES est un film de révolte. C’est un constat. Pendant le montage financier du film, on nous a souvent servi « on ne va pas vous aider, il y a déjà trop eu de films de banlieue. » Ça ne veut rien dire, « un film de banlieue ». On ne dit jamais par exemple « il y a déjà trop eu de films qui se passent à Paris. » J’ai tenu, parce que c’est un fait, à ce que la diversité ne soit pas un événement dans mon histoire, et qu’elle soit universelle. Je parle de gens en prise avec leurs émotions et qui font avec les moyens du bord. J’ai voulu donner chair à cette jeunesse trop souvent stéréotypée et méconnue, dans toute son humanité, belle et laide. DIVINES est une tragédie, mais l’humour et la vie sont au centre du film, que je voulais lumineux. Je rêvais aussi d’un film en mouvement. C’était le principal pour moi : explorer ma liberté artistique, obtenir une forme organique. Organique, c’est à dire être dans le cœur et la vérité, pas dans l’intellect. Je ne cherche pas à être didactique, ça ne m’intéresse pas. La parole peut mentir, pas le corps, et je voulais partir des corps.

Dounia, le personnage principal, se réinvente tout le temps dans DIVINES. Comment as-tu écrit ce personnage ?

Avec Dounia, je voulais créer un monstre, et ce terme n’a rien de péjoratif pour moi : elle est hors norme. Le fait qu’elle soit sans concessions, qu’elle porte en elle des rêves bigger than life, qu’elle ne lâche jamais, en fait quelqu’un d’extraordinaire. Je voulais qu’elle soit un héros, une inspiration. Il y a autant de moi dans Dounia, que de Romain Compingt, mon coscénariste qui a une très forte sensibilité dans son écriture. On s’est d’ailleurs glissé dans la peau de tous les personnages, en essayant de ne pas leur coller des idées et de se laisser guider par eux. Il était important que Dounia ne soit pas simplement une fille qui joue les bonhommes. Comme nous tous, elle est multiple, tour à tour féminine, masculine, fille, mère, amante, caïd, femme fatale, bourreau et victime. Oulaya Amamra, qui interprète Dounia, est ma petite sœur. Je la forme dans mes ateliers théâtre depuis qu’elle a 12 ans, tout comme Jisca Kalvanda, qui joue Rebecca. J’ai mis très longtemps à considérer Oulaya pour le rôle, même si c’était une évidence dès le début pour Pierre-François Créancier, le directeur de casting. Je trouvais qu’elle ne dégageait pas la dureté du personnage, et qu’elle était trop jeune pour réussir un tel travail de composition. Qui plus est le tournage allait être dur, j’allais demander à l’actrice des choses extrêmement compliquées, et je craignais que cela n’abîme notre relation. Oulaya a bataillé comme une dingue pour me convaincre du contraire, en participant à tous les ateliers d’audition en tant que réplique. Elle s’est même fait virer de son lycée catholique, a arrêté la danse classique pour se mettre à la boxe ! Elle a fini par s’imposer. Il y a eu une telle fusion entre elle et le personnage qu’elle nous a permis de le faire naître totalement dans les dernières versions du scénario – elle n’était jamais très loin quand Romain et moi écrivions… En plus de sa folie et de sa puissance, elle a apporté à Dounia un sens de l’humour et une gentillesse qui étaient embryonnaires dans les précédentes étapes d’écriture.
Dès le début, Dounia dit : « Mes mains sont faites pour l’or » et des élèves chantent « Money, money, money ». L’argent est un des thèmes majeurs du film ?
C’est le thème politique du film, en confrontation constante avec le thème du sacré. Dounia est plongée dans la vie d’ici-bas, Djigui, son alter ego masculin, est lui dans la vie « d’ici haut ». Leurs aspirations sont universelles : la possession et l’élévation spirituelle. Je ne tiens pas à condamner l’avidité de Dounia. Son véritable objectif, c’est la dignité. Comme Djigui dans son art, la danse, elle est aussi à la recherche du beau. Elle dit : « Mes mains sont faites pour l’or. » Pas l’argent, l’or ! On a tous droit à ce qui est inestimable.

Le film est traversé par les rêves des gens.

Exactement. Tous les personnages du film répondent finalement au même objectif, ils cherchent à s’élever, même l’Imam qui malgré ses discours n’est pas connecté à son réel. Je ne crois ni au bien ni au mal, mais à la nécessité d’apprendre : mes personnages sont en apprentissage. La plus pure est Maimouna, la figure du sacrifice, qui porte l’amour de l’autre dans toute sa gratuité. Tout ce qu’elle veut c’est être là pour Dounia. Le véritable grand amour de l’histoire, c’est celui de ces deux filles, qui fait d’elles des êtres divins : l’amour avec un grand A, l’amour universel.

Comment Déborah Lukumuena (Maimouna) est arrivée jusqu’à toi ?

Nous sommes partis de Laurel et Hardy en pensant le duo de Dounia et Maimouna, dans le paradoxe des corps, avec la petite gringalette qui rêve de puissance et la plus imposante qui n’est que douceur. Pour Maimouna, j’avais envie d’une nana forte avec des formes à l’écran ! Quand j’ai vu les premiers essais de Déborah, j’ai pleuré. Je savais que c’était elle, mais je voulais tester son endurance et son engagement. Je l’ai ainsi préparée pendant neuf mois pour le rôle, sans lui dire qu’elle l’avait. C’était dur, mais elle n’a pas lâché. J’insiste sur le fait que Déborah, Oulaya et Jisca sont des actrices, je ne me suis pas contentée de les filmer telles qu’elles, en mode reportage. Elles ont été capables de porter des rôles de composition, de jouer des émotions et des situations qu’elles n’ont pas vécues, avec humanité, un point de vue, une intelligence. Je ne saurais filmer des gens bêtes. Le plus important pour moi chez les acteurs est qu’ils soient enseignables. Kévin Mischel, qui joue Djigui, est danseur, et il s’est lancé à corps perdu dans l’art dramatique pour le rôle. Je demande à mes interprètes de me suivre à la vie à la mort, même si je les emmène droit dans le mur. Il faut qu’ils y croient quoi qu’il en coûte. C’est la base.
Dans le film, il y a des échos constants entre nous et le ciel. Pourquoi ce thème du sacré ?
L’Islam est vécu comme le grand méchant loup, l’ennemi public numéro un. Pourtant, c’est une religion de l’amour. Le film cite le Coran : « Guide nous vers le chemin de la rectitude. » La rectitude, c’est justement l’aspiration de nous tirer vers le haut. Et l’élévation ne peut passer que par l’amour. Pour moi, c’est essentiel, et c’est pour ça que le film commence dans le rituel, avec cette sensation d’être dans le cosmos. Maimouna est évidemment le personnage le plus connecté à Dieu. Dounia, elle, est dans une contradiction constante entre sa quête de spiritualité et ses ambitions. Elle n’est pas dans son réel besoin. Je trouve qu’il y a très peu de gens qui savent identifier leurs réels besoins, et qui sont capables d’aimer. C’est pourtant la seule et véritable quête. Avec le titre, il y a une revendication très affirmée, où le divin est féminin. En vérité, pour moi Dieu est autant homme que femme. À l’origine, le film s’appelait BATARDE, parce que c’est le surnom qu’on donne à Dounia, dont elle veut se débarrasser en se lançant dans le deal. Mais nommer le film ainsi aurait été réducteur, en un sens cela aurait donné raison aux détracteurs du personnage. Je veux qu’on dise des filles sur l’affiche, une noire et une arabe, qu’elles sont divines, pas des bâtardes. La thématique principale est plus large qu’une histoire de deal et d’identité, c’est effectivement le sens qu’on donne au sacré.

L’écriture aussi, a été un vrai moment de quête...

Pour paraphraser Gabin, le plus important pour moi dans ce travail c’est l’histoire, l’histoire, l’histoire. Et ensuite l’acteur qui arrive pour la porter et la transcender. Seule une écriture béton peut permettre la liberté de créer véritablement sur un tournage. Je voulais une histoire aux enjeux narratifs et thématiques puissants : il a fallu plus de trois ans pour aboutir le scénario. J’ai très vite compris qu’on ne s’improvise pas scénariste, pas plus qu’on ne devient chirurgien du jour au lendemain. Je me considère comme auteure réalisatrice, mais j’ai trop de respect pour la dramaturgie, un art complexe de maîtrise technique et émotionnelle, pour dire que c’est mon métier. Sur les conseils de mon producteur Marc-Benoît Créancier, j’ai rencontré Romain Compingt. J’avais le cœur du projet, il a apporté la science précise pour l’incarner, et je le considère comme le véritable scénariste du film. Il a su s’approprier mes thèmes, les lier à la narration, et travailler l’universalité de mon histoire. Nous n’avons eu de cesse ensuite de questionner les personnages, de déconstruire le scénario pour mieux le consolider. Nous avons formé un binôme « à l’ancienne », une véritable collaboration de réalisateur/scénariste, qui ne s’arrête pas à la mise en production du film, mais l’accompagne jusqu’à la fin. Notre dialogue a été constant, et toujours au service du sens. Pendant le tournage, Romain regardait les rushes tous les soirs, et nous en discutions. On a même statué sur la fin de l’histoire pendant que je tournais, et réécrit jusqu’au montage, au cours duquel il est intervenu ponctuellement. Je me fous qu’une bonne idée vienne de moi, tant qu’elle est bonne. Romain et moi avons eu la chance de faire partis de la sélection annuelle 2013 de la résidence d’écriture GROUPE OUEST ; nous y avons en partie développé le scénario sous la bienveillance des consultants, surtout celle de Marcel Beaulieu (brillant scénariste de FARINELLI et tant d’autres), dans le cadre on ne peut plus inspirant du Finistère. Cet isolement nous a permis de nous connaître encore davantage avec Romain, et je crois que cela a bénéficié à l’écriture. Je revendique un cinéma populaire. Je n’ai pas peur des grands sentiments et des personnages hauts en couleur. Romain croit comme moi que le cinéma est un art généreux, pas seulement réservé à une élite, et que cette optique n’empêche en rien la recherche de la subtilité, au contraire. Par l’émotion et le spectacle, on peut élever les gens et cela commence par l’écriture. Moi, je dis toujours : je respecte mes pères, mais je tue mes pères. Je respecte la Nouvelle Vague, mais je tue la Nouvelle Vague. On doit s’inspirer des anciens, leur rendre hommage même, mais il faut s’en détacher et remettre l’écriture au centre de la création en connexion avec notre temps.

Le cinéma pour toi, c’est une guerre ou une religion ?

Les deux. Dans le Coran, il y a un hadith que j’adore : le vrai « djihad », la plus dure des guerres, c’est celle qu’on mène contre soi-même. Comme je revendique un cinéma en mouvement, je veux que mes collaborateurs le soient aussi. J’ai été un vrai dragon sur le plateau. J’ai exigé de tous d’être comme moi animé d’un besoin viscéral de porter cette histoire, et d’avoir une exigence indestructible. Quand tu pries, tu te laves, cela demande une rigueur et une concentration particulière. En ce sens, le cinéma est pour moi une forme de religion. Je dis toujours que je cherche Dieu en faisant mes films.

Tu as l’impression d’avoir trouvé quelque chose ?

J’ai l’impression d’avoir appris ! Si j’avais trouvé, je ne ferais pas d’autres films. Si je trouve, je meurs.

Tu as créé l’association 1000 VISAGES pour démocratiser le cinéma. Comment relier ton engagement et ta quête artistique ?

Je dois beaucoup à mon association, elle m’a formée aux métiers du cinéma. Je nourris mon artistique de mon engagement et mon engagement de mon artistique. Le mot d’ordre de 1000 VISAGES est l’entraide. Il s’agit de créer librement avec ce que nous sommes, pas ce que les gens attendent de nous. J’ai fondé l’association car je trouvais le cinéma blanc, bourgeois et misogyne. Même en sortant de grandes écoles, sans réseau c’est compliqué de s’imposer, a fortiori si vous êtes noir, arabe, et une femme pour couronner le tout. 1000 VISAGES a pour objectif de détecter des talents dans les quartiers, de les faire émerger en leur proposant des formations (écriture, jeu, mise en scène), des outils pour réaliser leurs projets, des préparations aux grandes écoles (le Conservatoire National, la FEMIS…), cela en créant un réseau dont ils font partis, qui favorise des rencontres avec des professionnels. Ces derniers encadrent et partagent leurs parcours. On a réussi à créer une famille qui ne cesse de grandir. Il y a une nouvelle forme artistique venant des quartiers qui est en train de s’imposer.

On voit beaucoup la précarité dans ce film. Dounia et sa mère vivent d’ailleurs dans un camp de Roms. On a l’impression qu’il y a une volonté de revenir à l’origine quand, dans les années 60, les banlieues étaient des bidonvilles.

Je suis une grande fan d’Elia Kazan, et j’adore AMERICA AMERICA. Je voulais montrer que l’histoire se rejoue toujours. Tu te rends compte que rien n’a changé depuis les années 60 ? On est censé être un peuple intellectuel et moderne, et on laisse les gens dans une précarité terrible. Ce qu’on ne sait pas forcément, c’est qu’il n’y a pas que des Roms dans ces camps. Il y a des arabes, des noirs, des blancs… Je voulais l’incarner, être témoin de la société actuelle. La France, c’est le VIP Room qu’on voit dans le film, mais c’est aussi les bidonvilles.

Le visage de Dounia s’illumine quand elle rencontre Rebecca qui représente l’argent et le pouvoir. Comment est né ce personnage ?

Au début, Rebecca devait être un mec. Pendant mes recherches, j’ai rencontré Habiba, une dealeuse, et j’ai découvert que le caïd était une meuf ! Habiba est quelqu’un d’extraordinaire, d’une autorité fascinante, et je me suis beaucoup inspirée d’elle pour Rebecca. Pendant l’écriture avec Romain, il y a eu toute la montée de l’extrême droite avec les résultats des Européennes, et nous en avons beaucoup discuté. Comment elle s’était intégrée dans le paysage politique, fait de ses idées des concepts qui ne choquent plus grand monde… Il voulait en parler, le dénoncer. Cela a nourri ma réflexion. Un jour, je l’appelle et je lui dis : c’est Rebecca le personnage politique du film ! Elle cherche le pouvoir, elle revendique le quant à soi, la possession, elle n’incarne pas des valeurs, elle prône l’individualisme et c’est comme ça qu’elle séduit. C’est ça la politique aujourd’hui.

Et pour une « bâtarde » comme Dounia, Rebecca devenait son père.

Sa mère de substitution, surtout. Si on me dit qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes dans mon film, je dirais à mes confrères réalisateurs qu’il n’y a pas beaucoup de femmes dans les leurs. La recherche de la reconnaissance et du pouvoir n’est pas l’apanage des hommes.

Le thème du féminisme est extrêmement présent.

Non. Je n’ai pas fait un film féministe, j’ai fait un film humaniste.

Qu’est-ce que tu visualises pour DIVINES aujourd’hui ?

De l’émotion naît la réflexion… Je dis souvent que j’aurais pu poser des bombes, et que j’ai préféré poser des questions. J’espère qu’après avoir ri, pleuré, aimé avec Dounia et Maimouna, le public interrogera notre société, notre place en son sein, et surtout le rôle crucial de l’intime dans tout ça. Je souhaite que chacun questionne la nature et le sens de sa quête personnelle.

Houda BENYAMINA Houda Benyamina est une réalisatrice engagée et autodidacte. Diplômée de l’ERAC (École Régionale d’Acteurs de Cannes), elle se forme à la réalisation grâce à l’association 1000 VISAGES, qu’elle a fondé en 2006 pour démocratiser le cinéma. C’est avec cette structure qu’elle réalise son premier court-métrage MA POUBELLE GÉANTE (2008), grâce auquel la repère son producteur Marc-Benoit Créancier. Son moyen-métrage SUR LA ROUTE DU PARADIS (2012), a été primé dans de nombreux festivals. Avec DIVINES, Houda est lauréate du Groupe Ouest et de la fondation Gan pour le cinéma en 2014.

FILMOGRAPHIE
2016 DIVINES - 1er film
2012 SUR LA ROUTE DU PARADIS - Moyen-métrage
2008 MA POUBELLE GÉANTE - Court-métrage

E n t r e t i e n avec Romain COMPINGT (Co-scénariste)

Parle-nous de ton travail avec Houda Benyamina.

Avant de travailler pour DIVINES, j’avais écrit la comédie POPULAIRE (de Régis Roinsard), qui n’a a priori rien à voir avec l’univers d’Houda. Mais elle a voulu me rencontrer parce qu’elle a perçu dans le film une sensibilité qui lui a parlé ; elle était sûre que c’était la mienne. Cela m’a beaucoup intrigué. Houda et moi, on se rejoint sur le fait qu’on veut avant tout faire vibrer les gens, et ne pas être cantonnés dans un genre. Je ne crois pas aux recettes toutes faites des manuels de dramaturgie, mais je crois qu’il y a des choses ancestrales dans la narration qu’il faut connaître, que l’œuvre soit estampillée « moderne » ou pas. J’aime l’intransigeance d’Houda et son opacité aux modes, à « ce qui se fait. » Comme elle, je suis persuadé du pouvoir réunificateur de l’émotion. Sur DIVINES, il y a eu des séances de travail où on parlait de Marilyn Monroe, on se demandait comment elle agirait à la place de Dounia, pour explorer toutes les palettes possibles du personnage. Toutes les références étaient bonnes à prendre, tant qu’elles parlaient de l’humain. J’ai une admiration sans borne pour Houda. Personne ne m’avait accordé une telle confiance et un tel respect. Elle m’a poussé dans mes retranchements, m’a forcé à exprimer la colère, la folie et la liberté dans mon écriture. Pour moi, écrire est un acte de foi, tout comme le cinéma l’est pour elle.

Comment arrive t-on à se connecter à cette histoire quand on ne vient pas du tout de ce milieu ?

C’est en fait ce qui m’a convaincu de travailler sur le projet. J’ai d’abord dit à Houda que je ne me sentais pas légitime pour parler de la banlieue, que je ne la connaissais pas. Houda a rétorqué : « Mais l’amour et l’amitié, tu connais, non ?! » J’ai adoré cette approche, elle a résonné en moi. J’ai connu très tôt des milieux et des gens très différents. Ma grand-mère maternelle était juive et venait d’Algérie, chez elle on s’engueulait en arabe. Elle s’est convertie au catholicisme pour épouser mon grand-père, un auvergnat : tu imagines le choc des cultures. C’est une richesse inestimable qui a bercé mon enfance, et qui m’a convaincu de l’universalité des êtres au-delà des circonstances sociales et religieuses. Je crois profondément à cette universalité-là, et c’est toujours ce que j’essaie de faire ressortir dans mon travail. Les thèmes d’Houda m’ont parlés intimement, et m’ont permis d’être en symbiose artistique avec elle. Ce que ça veut dire de grandir trop vite, d’être le parent de ses parents, ce sentiment d’être mis de côté par les autres, la recherche de la reconnaissance et de l’amour : nous parlions le même langage à propos de tous ces sujets. Qui plus est, l’opulence que Rebecca fait miroiter à Dounia, c’est ce que la société nous fait miroiter à tous, quel que soit son milieu et son parcours.

Quelles ont été les difficultés dans ce travail sur le scénario ?

J’ai eu du mal à me débarrasser de certains clichés, notamment pour le personnage de Dounia que j’ai mis très longtemps à apprivoiser. L’un des déclics s’est fait sur la scène où elle raconte son rêve récurrent. J’ai enfin pu me projeter en elle. Une autre des difficultés majeures du scénario a été de tisser les fils narratifs de cette histoire foisonnante aux multiples personnages - d’éviter qu’on ait le sentiment qu’il y ait quatre fins et quatre débuts, par exemple. De faire en sorte que l’ensemble forme un tout et ne soit pas une chronique. Et enfin les dialogues : on a pris pas mal de fous rires avec Houda quand elle a découvert mes premières propositions. Elle me disait « Mais attends, y a que chez toi qu’on parle comme ça ! » Elle m’a poussé vers quelque chose de plus radical. Passer du temps avec Oulaya et les jeunes de 1000 VISAGES m’a permis de m’approprier leurs expressions.

Dans ce film, les dialogues sont plus tournés du côté des grands sentiments que des bons sentiments. Les rapports humains, d’amour ou d’amitié, visent l’élévation par les dialogues... Les dialogues du film sont très bien ciselés, clairs et poétiques.

Le goût pour la poésie, c’est aussi quelque chose qu’on partage avec Houda. On aimait également l’idée de surprendre les gens, de faire en sorte que Dounia et Maimouna se mettent d’un coup à parler de Dieu en fumant un pétard, ou que Djigui se fasse philosophe dans sa danse. On n’attend pas ça de ces jeunes, et c’est un préjugé. Ce qui est crucial dans le travail sur les dialogues, c’est le sous texte qui indique les états d’âmes du personnage, ainsi que sa vision du monde. Qui dévoile même parfois une vérité que le personnage ignore, mais qu’il porte en lui. J’aime les dialogues qui sont limpides sans être explicatifs. Je crois aussi à leur précision. Il faut trouver le bon mot, le bon rythme dans leur structure, la musique de chaque personnage. C’est comme travailler sur une symphonie, où l’instrument de chacun donne une profondeur aux situations, et raconte autre chose que ce qui se dit.

E n t r e t i e n avec Oulaya AMAMRA (Dounia)

Parle-nous de Dounia.

Dounia habite dans un camp de Roms avec sa mère, Myriam. Elle ne connait pas son père et dans la cité, tout le monde l’appelle « la bâtarde ». C’est une fille qui veut s’élever vers le sacré. Elle a un rapport particulier à la religion, mais elle ne sait pas vraiment comment l’aborder. Elle combat ses démons, tout ce qui la pousse à faire des bêtises. C’est son amie Maimouna qui la ramène au sacré. Dounia, elle, est en quête de dignité ! Elle a de la fierté, elle veut pouvoir être reconnue pour ce qu’elle est, et elle veut sortir sa mère de la merde.

Comment tu l’as jouée ?

En plusieurs étapes. D’abord, Houda a voulu gommer le côté féminin et délicat que je pouvais avoir. Elle voulait qu’on trouve un côté rugueux, un côté bonhomme ! Ce personnage est donc venu par l’attitude. Je devais changer ma manière de parler, de me comporter. J’ai fait une longue préparation physique (Boxe, parkour) pour endurcir. J’observais les filles bonhommes qui parlaient, marchaient, mangeaient… Après, j’ai vu beaucoup de films comme TAXI DRIVER ou encore SCARFACE. Houda m’a aussi montré des documentaires animaliers : il fallait analyser comment les félins et tigres se déplacent. Dounia, c’est une guerrière, mais elle aussi est féline ! Quand elle va devoir vaincre ses peurs, elle va être obligée de se féminiser.

Un souvenir du tournage ?

J’ai beaucoup aimé tourner la scène du BEP, qui m’a énormément appris sur le jeu d’acteur. La séquence était très longue, on a très peu coupé : j’ai compris à cette occasion la difficulté du plan séquence, la masse de technique que cela demande. Il fallait rester concentré tout au long de la scène, sinon on reprenait tout depuis le début. Je passais d’une émotion à une autre, mais j’ai avant tout pris plaisir à me mettre en scène, dans tous les sens du terme : au BEP, Dounia se donne en spectacle. Secrètement, j’aime beaucoup faire le clown, et j’admire le personnage pour ça, j’aimerais avoir autant de confiance en moi qu’elle. Elle s’amuse de sa prof et en même temps, du haut de ses 15 ans, elle soulève sans s’en rendre vraiment compte des réels problèmes de la société, comme les stéréotypes qu’il y a dans certaines filières professionnelles. J’ai observé plusieurs cours de BEP accueil pour comprendre pourquoi elle en arrivait là, et j’ai intégré ce que la réalisatrice voulait dire : chaque mot de Dounia était pesé. Dans cette scène il y a tellement d’enjeux politiques, économiques… Et aussi en terme d’intrigue : c’est l’étape numéro 1 du personnage, elle prend un tournant en quittant le BEP. Elle se pose des vraies questions, et à ce moment du film, c’est son objectif qui naît : elle veut être tout en haut, d’ailleurs elle le dit.

C’est quoi « une actrice » ?

Un acteur ne joue pas, il est. Il doit être à l’écoute. Mes références absolues restent De Niro et la grâce de Romy Schneider. Un acteur c’est quelqu’un qui intègre son vécu, son imaginaire et sa sensibilité dans le personnage. Un acteur, c’est un corps. Pour moi, la psychologie d’un personnage passe par ce qu’il fait. Je me dis : « Et si j’étais à sa place, comment je réagirais ? » On ne joue pas un rôle on le devient, et c’est ce que j’ai fait pour Dounia. J’ai d’abord enfilé ses vêtements, j’ai commencé à fréquenter les endroits où elle pourrait aller, et je l’ai mise dans ma peau et j’ai eu du mal à la faire sortir à la fin du film. Il m’a d’ailleurs fallu plusieurs mois pour la sortir totalement de moi, mais cela fait partie des nombreuses choses que ce tournage m’a appris. J’ai grandi.

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

Mon rêve, c’est d’entrer à la Comédie Française. Je fais du théâtre depuis l’âge de 12 ans, et ça reste mon premier amour, avant le cinéma. C’est lorsque j’ai vu pour la première fois LE MALADE IMAGINAIRE de Molière à la Comédie Française en 2001 que j’ai compris que c’est ce que je voulais faire. De l’endroit où je viens, c’est important pour moi la reconnaissance. Mais ce n’est pas seulement ça qui me motive : je veux être aussi forte que ces comédiens, je veux me confronter aux grands textes. C’est pour ça que cette année j’espère intégrer le Conservatoire, si Dieu le veut.

E n t r e t i e n avec Deborah LUKUMUENA (Maimouna)

Parle nous de Maimouna.

Maimouna, c’est la meilleure amie de Dounia, et la seule personne qui la comprend. Elle n’est absolument pas confrontée aux mêmes difficultés qu’elle, pourtant elle sait l’écouter. Alors que Dounia n’a pas de père et vit dans un camp de Roms, Maimouna a un cadre familial strict, et elle est fille d’imam. Elle a de la compassion pour Dounia, elles sont comme deux sœurs. Je la trouve touchante parce que justement, elle est soumise à Dounia mais elle sait appréhender la misère de sa copine.
Elle lui dit surtout qu’elle sera « toujours là pour la rattraper »
C’est une amitié qui n’est pas liée par le sang, mais par la tendresse, l’amour. Elles sont tellement humaines ! Il y a ce lien fusionnel qui va les porter tout le long du film. Mais il faut quand même rire, et Maimouna n’est pas forcement discrète. Elle est haute en couleurs ! C’est une fille qui est très en avance par rapport à son temps : elle a des formes, elle les met en valeur et elle m’a énormé- ment appris. Quand on est dans sa chambre, elle a Beyoncé accrochée au mur. C’est l’image de la femme formée, dominante.

Un souvenir de tournage ?

Sans forcément parler de Maimouna, ce serait un souvenir personnel, en tant que comédienne, dans une scène à la fin du film où physiquement et intellectuellement je devais tout mettre au service de mon personnage. Ce moment reste ancré parce que j’ai l’impression, en toute modestie, que j’ai atteint ce que je devais atteindre. J’ai arraché mon voile de pudeur. Quand on débute et qu’on doit utiliser des choses qui appartiennent à notre intimité, on pense que c’est une intrusion injuste. Même si je suis amoureuse du cinéma, je me suis dit : « Tout ça pour ça ? ». Me dire que mes souffrances comme ma gaîté pouvaient être mes armes m’a bouleversée.

C’est quoi « une actrice » ?

C’est un faiseur de catharsis ! Les acteurs sont extrêmement complexes et contradictoires parce qu’ils vont passer leurs vies à être des autres. Mais c’est en étant quelqu’un d’autre qu’ils seront le plus eux-mêmes. J’ai vu Oulaya, ma partenaire, s’épanouir dans un personnage qui était le contraire d’elle-même. Mais finalement, c’était elle ! Je dis faiseur de catharsis aussi parce que j’ai l’espoir que quand le spectateur sort de la salle, il ne soit pas forcément impressionné par ce qu’il a vu à l’écran mais par ce que ça lui a donné, que ça engage chez lui une réflexion, une remise en question. Celle qui réussit à créer ça, c’est vraiment une actrice. J’aime énormément Gena Rowlands. Je l’ai vue dans deux films de Cassavetes, j’étais bluffée ! Elle a une certaine nonchalance. Comme Gérard Depardieu qui reste nonchalant, mais c’est limite une élégance !

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

Mon rêve, c’est que lorsqu’il y a des actrices noires à l’affiche, ça ne soit pas vécu comme un événement. C’est triste en 2016, mais on en est encore au stade de demander ça ! On doit se faire notre place.

E n t r e t i e n avec Jisca KALVANDA (Rebecca)  

Parle-nous de Rebecca.

C’est une business woman qui sort de prison. Elle gère plusieurs terrains de deal dans une cité de Montreuil. Ce n’est pas du tout moi. Dans la vie, je n’aime pas donner d’ordres. Rebecca, elle, c’est une chef de file. C’est un personnage masculin, mais elle reste féminine. Par exemple, quand elle est un jogging, en haut, elle va provoquer et mettre un décolleté. A elle, personne ne dira rien. Mais elle fait également rêver Dounia : ses voyages en Thaïlande, son argent… Elle est vraiment dans le monde de maintenant. Elle ne se pose pas des questions sur le sacré comme peut s’en poser Dounia. Elle est sans foi ni loi, elle en veut toujours plus. Pour elle, tenir un terrain de deal, c’est une entreprise, un métier comme un autre.

Un souvenir de tournage ?

En Thaïlande ! J’ai pris du plaisir à danser sur les barres de strip-tease (rires) ! Là-bas, j’ai compris Rebecca. J’ai compris à quel point elle n’avait peur rien, qu’elle pouvait tout faire : embrasser n’importe qui, flamber, etc. Elle est puissante.

C’est quoi « une actrice » ?

Ce n’est pas quelqu’un qui joue, c’est quelqu’un qui est. Quand t’es comédien, tu te dois de donner, d’être à l’écoute, d’être intelligent. Je trouve que Vincent Cassel est extraordinaire. Chez les femmes, Catherine Deneuve.

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

D’avoir beaucoup d’argent comme Rebecca (rires) ! Non, d’être heureuse, de vivre de ma passion, et d’être avec les gens que j’aime.

E n t r e t i e n avec Kévin MISCHEL (Djigui)

Parle-nous de Djigui.

Djigui est avant tout un personnage qui cherche à exister dans ce qu’il le passionne. Il est animé par une force… il est en quête. Puis il rencontre Dounia et se confronte à cette fille qui l’intrigue. Un jeu va s’installer…tout cela va finir par le dépasser.

Un souvenir de tournage ?

Le souvenir le plus marquant du tournage pour moi a été un moment mélangeant jeu et danse, un moment de lâ- cher prise, où peu importait le mouvement…le dépassement de soi était le plus important. Une vraie fusion entre les êtres… la quête vers le sublime. C’était le dernier jour de tournage et le personnage rentrait en état de grâce…du moins tout le contexte était fait pour. Et cela m’a rappelé beaucoup de choses de mon propre passé.

C’est quoi « un acteur » ?

Je dirai quelqu’un de sensible et instinctif à la fois… qui n’a pas peur de se confronter. C’est assez proche d’un danseur en réalité.

Est-ce que tu peux nous dire un rêve que tu as écrit dans ton cahier des rêves ?

J’ai eu la chance d’atteindre des choses inimaginables… Quand je vois d’où je viens, c’est dingue ! Aujourd’hui, mon rêve reste assez simple. Fonder une famille et avoir des enfants…avoir des petits qui courent partout. Il y a une citation qui me parle « Rêve pas ta vie et vis tes rêves ». 

mardi 23 août 2016

INSAISISSABLES 2


Thriller/Action/Comédie/Pas sans défauts mais divertissant

Réalisé par Jon M. Chu
Avec Jesse Eisenberg, Mark Ruffalo, Woody Harrelson, Dave Franco, Daniel Radcliffe, Lizzy Caplan, Jay Chou, Sanaa Lathan, Michael Caine, Morgan Freeman...

Long-métrage Américain
Titre original : Now You See Me 2 
Durée: 02h05mn
Année de production: 2016
Distributeur: SND 

Date de sortie sur les écrans américains : 10 juillet 2016
Date de sortie sur nos écrans : 27 juillet 2016


Résumé : Un an après avoir surpassé le FBI et acquis l’admiration du grand public grâce à leurs tours exceptionnels, les 4 Cavaliers reviennent ! 
Pour leur retour sur le devant de la scène, ils vont dénoncer les méthodes peu orthodoxes d’un magnat de la technologie à la tête d’une vaste organisation criminelle.
Ils ignorent que cet homme d’affaires, Walter Marbry, a une longueur d’avance sur eux, et les conduit dans un piège : il veut que les magiciens braquent l’un des systèmes informatiques les plus sécurisés du monde. Pour sortir de ce chantage et déjouer les plans de ce syndicat du crime, ils vont devoir élaborer le braquage le plus spectaculaire jamais conçu.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséINSAISISSABLES 2 est un divertissement sympathique. J'ai beaucoup aimé retrouver les personnages qui m'avaient tant plu dans le premier opus. La dynamique de l'équipe, qui est sans arrêt entrain de s'envoyer des piques (sans les as) mais qui est super pour mettre en avant les qualités de chacun et faire un excellent boulot d'équipe, m'enthousiasme toujours autant. J'aime l'esprit 'Robin des bois', dénonciation des crimes en col blanc et défense de l'opprimé qui se dégage de l'histoire. Le scénario nous propose de nouveau une intrigue à tiroirs et même si l'on voit bien venir quelques éléments avant qu'ils ne se produisent et que certaines scènes ne sont pas crédibles, dans l'ensemble il réserve quelques surprises. Attention cependant, il faut impérativement avoir vu INSAISISSABLES pour comprendre les ramifications de l'histoire et bien profiter de cette suite.

Par contre, j'ai trouvé la réalisation de Jon M. Chu irrégulière. Parfois, il nous offre des scènes complexes filmées de façon claire et parfois, notamment lors des bagarres, le rendu est très brouillon. Du coup, il y a un peu de longueurs. Plutôt que de la castagne, j'aurais préféré de la magie.

Les rôles sont bien équilibrés, mieux que dans le premier. Chaque acteur bénéficie de plusieurs 'moments' et c'est assez cool.
Jesse Eisenberg, qui interprète J. Daniel Atlas, est toujours aussi bon en intello qui remet tout en question et préfère éviter d'aller au contact.
Woody Harrelson s'éclate dans son double rôle des frères Merritt et Chase McKinney.
Dave Franco joue de son charme et de son habileté dans le rôle de Jack Wilder.
Lizzy Caplan, qui interprète Lula, apporte une touche féminine rigolote.


Mark Ruffalo est à l'aise dans le rôle du leader Dylan Rhodes.


Daniel Radcliffe sait bien faire la tête à claque dans le rôle de Walter Mabry.


Quand à Michael Caine qui interprète Arthur Tressler et Morgan Freeman qui interprète Thaddeus Bradley, c'est toujours un plaisir de les retrouver à l'écran.



Cet INSAISISSABLES 2 n'est pas sans défauts et il souffre du fait qu'il n'y a plus l'effet de surprise sur la découverte de l'univers des magiciens et de l'équipe comme dans INSAISISSABLES. Cependant, les protagonistes restent hyper attachants, les tours sont toujours spectaculaires, le bon esprit encore présent et l'humour, les changements de décor ainsi que le rythme soutenu en font un divertissement agréable qui permet de passer un bon moment. J'aurais plaisir à retrouver les 4 cavaliers pour un nouvel envoûtement à condition que la réalisation soit plus directe et plus soignée sur l'ensemble de la durée du film.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

En 2013, INSAISISSABLES avait fasciné les spectateurs du monde entier grâce aux aventures, dignes de David et Goliath, des Quatre Cavaliers : ce petit groupe de prestidigitateurs aux dons quasi surnaturels réussissait à organiser des braquages d'une extraordinaire audace aux dépens d'un milliardaire corrompu. Dans ce deuxième épisode au rythme trépidant, où héros et salauds ne sont pas toujours ceux qu'on croit, nos quatre héros parcourent le monde et poursuivent leur mission, armés de leur imagination, de leur agilité et de leur complicité. 

Grâce au succès du premier volet, qui a dépassé les 300 millions de dollars de recettes mondiales et remporté le People's Choice Award du meilleur thriller, le retour des Quatre Cavaliers était inévitable. Cette fois, c'est le réalisateur Jon M. Chu, à qui on doit deux épisodes de SEXY DANCE et le film de concert JUSTIN BIEBER'S BELIEVE, qui est aux commandes. Maîtrisant parfaitement la chorégraphie, la technologie et les univers ultramodernes, Chu réunissait les compétences recherchées par les producteurs. Grand admirateur d'INSAISISSABLES, Chu n'a pas hésité une seconde à diriger un ensemble d'acteurs de stature internationale – dont cinq ayant décroché l'Oscar ou une nomination à ce prix prestigieux – pour réaliser un film mêlant magie, dramaturgie et mystère. "C'était un vrai plaisir de travailler sur ce scénario", indique-t-il. 

"Ceci dit, les Cavaliers se retrouvent cette fois eux-mêmes piégés par un tour de magie et doivent faire appel à leurs talents de prestidigitateurs pour s'en sortir. Ed Solomon est un brillant scénariste qui sait réunir une structure dramaturgique complexe, un rythme haletant et un humour irrésistible, si bien que le film est un vrai divertissement pour toute la famille". Si réaliser la suite d'un film ayant triomphé dans le monde entier était un véritable défi, Chu avait hâte de le relever. "J'ai beaucoup d'admiration pour tous ceux qui ont participé à ce film", dit-il. "Quand on s'est retrouvés tous ensemble, c'était très intimidant. Mais ils étaient tous attachés à faire en sorte que le projet soit le mieux réussi possible, et du coup, on a accompli un formidable travail d'équipe". 

Le producteur Bobby Cohen, déjà à l'affiche du premier volet, était heureux de s'atteler à ce deuxième chapitre : "Quand on a tourné INSAISISSABLES, on était conscients qu'on tenait là un film original, mais l'idée d'une suite ne nous a jamais traversé l'esprit. C'était très gratifiant de pouvoir rappeler tous ceux qui nous ont fait confiance dès le départ et de leur demander s'ils étaient prêts à nous accompagner pour cette nouvelle aventure". Le scénariste Ed Solomon, coauteur du premier épisode, a collaboré avec Peter Chiarelli pour INSAISISSABLES 2 où les scènes de magie et d'action, comme les rebondissements, sont plus spectaculaires encore. Solomon souhaitait retrouver l'esprit d'INSAISISSABLES, tout en en renouvelant le dispositif. "Il y avait cet ensemble de personnages particulièrement attachant", relève-t-il. 

"Il fallait leur imaginer de nouvelles aventures. On s'est dit qu'ils pouvaient être pris au piège d'un tour de magie et chercher le moyen de s'en sortir. À nos yeux, c'était l'occasion d'écrire un film palpitant". Avec ce deuxième volet, les auteurs sont passés d'un film de braquage à une œuvre plus inclassable. 

"Pour moi", reprend le scénariste, "les films qui résistent à toute classification évidente sont les plus réussis. Je suis incapable de savoir à quel genre appartient le film. On peut dire qu'il s'agit d'un thriller d'espionnage ou d'une comédie policière. Certains l'ont qualifié de comédie féerique. Il est un peu tout cela à la fois. On a cherché à donner le sentiment de voir un très grand magicien à l'œuvre. On sait bien qu'on est en train de se faire manipuler, mais on ne connaît pas les rouages de la supercherie. On est dans une forme de réalité magnifiée par la fiction, où les personnages sont un peu plus malins que la plupart des gens et possèdent des facultés proches de superpouvoirs". Le spectateur aura donc l'impression d'assister aux plus grands tours de ces immenses prestidigitateurs, comme l'indique le scénariste, auteur de MEN IN BLACK et de L'EXCELLENTE AVENTURE DE BILL ET TED. 

"Logiquement, le public devrait avoir une réaction ambivalente, ce que suscite souvent la magie", indique Solomon. "On est subjugué par le spectacle tout en étant conscient qu'on est en train de se faire avoir. Et on a envie de savoir où tout cela va nous mener. On adhère volontairement à la fiction qui se déroule sous nos yeux". Solomon salue l'attitude de Chu sur le plateau et son sens inné de la mise en scène : "J'adore travailler avec Jon", reprend-il. "Il fait totalement confiance à ses collaborateurs car il estime qu'ils donneront le meilleur d'eux-mêmes pour le film. Le seul fait qu'il en soit convaincu galvanise ses troupes ! Il possède un formidable regard et il orchestre les déplacements de ses acteurs comme un chorégraphe. Sa complicité avec les comédiens est totale. Grâce à lui, l'atmosphère sur le plateau est détendue et quand on connaît la complexité de ce tournage, c'est une vraie prouesse". 

"Je le connais depuis environ dix ans", assure Cohen. "Il venait de sortir diplômé de l'école de cinéma de USC, où il a réalisé un court métrage extraordinaire, véritable film musical à part entière. Il est l'un des premiers à qui nous avons pensé confier les rênes de ce deuxième opus. Il est parfaitement conscient que les déplacements des acteurs dans le plan, à la manière d'un ballet, sont très proches du travail des magiciens". 

INSAISISSABLES 2 commence un an après la fin du premier opus : les Cavaliers doivent se cacher, en attendant de savoir ce que la société secrète des magiciens, L'Œil, s'apprête à leur demander. Bien que leur ennemi juré, Thaddeus Bradley, tristement célèbre pourfendeur de magiciens, ait été reconnu coupable – de leurs délits – et incarcéré, le FBI est à leurs trousses. "Dans le premier opus, les Cavaliers ont toujours un coup d'avance sur le spectateur", poursuit Cohen. 

"Le public cherche à comprendre ce qui se passe. Cette fois, la situation tourne rapidement au désavantage des Cavaliers. Le spectateur aura le plaisir de découvrir un film plus ambitieux, plus drôle et plus efficace en matière d'action que le précédent, tout en cernant mieux la mythologie de L'Œil. Les tours de magie, les énigmes et les surprises en tous genres y sont encore plus impressionnants". Pour Solomon, les notions d'aventure et d'émerveillement sont au cœur du film. "J'espère que le spectateur aura au moins autant de plaisir à voir le film qu'on en a eu à le faire", dit-il. "Je crois que les gens apprécient la magie et les gags pour les mêmes raisons : ils aiment être surpris. On sait tous que c'est un jeu, mais on s'y sent en sécurité. Les gens adorent regarder un expert faire quelque chose auquel ils ne comprennent presque rien, tout en cherchant à en percer le mystère".

UN CASTING DE RÊVE

En réunissant les comédiens déjà à l'affiche du premier opus - Jesse Eisenberg, Mark Ruffalo, Woody Harrelson, Dave Franco, Morgan Freeman et Michael Caine – et en faisant appel à de nouveaux venus comme Daniel Radcliffe, Lizzy Caplan, Sanaa Lathan et Jay Chou, INSAISISSABLES 2 retrouve la complicité et le mystère du premier opus et propose de nouvelles péripéties à ses protagonistes. "On a réuni d'immenses comédiens dans un film dont les tours de magie sont spectaculaires", indique Solomon. 

Mark Ruffalo, cité à l'Oscar pour SPOTLIGHT, endosse de nouveau le rôle de Dylan Rhodes, agent du FBI né dans l'univers de la magie. Après qu'il s'est révélé faire partie de L'Œil dans le premier opus, Dylan est toujours agent du FBI et tente de garder le secret sur son passé. Lui-même magicien surdoué, il préférerait sans doute se produire aux côtés des Cavaliers, mais il considère qu'il met mieux à profit ses talents en travaillant dans l'ombre, là où il peut se sortir des situations les plus délicates. "Que peut-on rêver de mieux que de diriger Mark Ruffalo ?", s'interroge Chu. "C'est l'homme le plus bienveillant et le plus doué que j'aie jamais rencontré. Mark était un vrai chef d'orchestre sur le plateau. Dès qu'il est arrivé, son énergie s'est propagée aux autres. Il joue avec brio. C'est le pilier de la troupe et c'était une vraie chance de travailler avec lui". 

Après avoir pris un vrai plaisir à tourner le premier volet, Ruffalo était enchanté de revenir pour la suite. "Il se dégage de ces films le même bonheur que celui que nous avons à nous fréquenter dans la vie", indique-t-il. "Ce deuxième opus a un peu plus de souffle que le précédent. Le dénouement est un magnifique tour de magie étourdissant et franchement gratifiant". Dans le premier épisode, le spectateur s'imagine que Dylan est un agent du FBI empoté, constamment pris de court par les Cavaliers. Mais vers la fin du film, on comprend qu'il tirait les ficelles dans les coulisses… "On sait de quoi il est capable cette fois, mais rien ne se passe comme prévu", constate Ruffalo. "Ils tentent de démasquer un entrepreneur high-tech qui a réussi à installer une 'porte dérobée' sur toutes sortes de systèmes d'encodage afin de voler des informations. Il s'agit de démasquer ce type, mais la situation ne tarde pas à dégénérer. Dans le même temps, Atlas remet en question la place de leader de Dylan et sa crédibilité au sein du FBI est en jeu. Il traverse une crise. Pour lui, l'objectif est de trouver sa voie, quoi qu'il lui en coûte". 

Pour atteindre son but, Dylan doit compter sur Thaddeus Bradley qu'il a fait incarcérer sans fondement. "Cela le met très mal à l'aise", note Ruffalo. "Du coup, comme le rapport de force est en faveur de Thaddeus, il s'en sert pour se venger de Dylan en lui infligeant l'humiliation qu'il mérite". L'acteur ajoute qu'il ne s'est jamais ennuyé une seconde sur le tournage grâce à Jon M. Chu. "Il a un sens inné de la chorégraphie", note Ruffalo. "Ses mouvements d'appareil n'appartiennent qu'à lui et témoignent de son imagination. Il dévoile l'intrigue comme un tour de magie, en en révélant les rebondissements les uns après les autres. Il a réussi à donner à cette saga un côté high-tech". 

Dans le rôle de J. Daniel Atlas, le chef charismatique et arrogant des Cavaliers, Jesse Eisenberg, cité à l'Oscar, incarne le cerveau de l'organisation, constamment en avance sur ses partenaires. Atlas est un expert de la prestidigitation et un maître de l'illusion, mais sa grande maîtrise de la psychologie humaine fait de lui un formidable manipulateur. "Jesse est un être humain merveilleux et un brillant comédien", s'enthousiasme le réalisateur. "J'ai beaucoup d'admiration pour lui. Quelle que soit la manière dont j'imaginais le film dans ma tête, il a constamment su surpasser l'interprétation de tout autre comédien avec qui j'aie travaillé. C'est donc un plaisir et un privilège de l'observer jouer et de tenter de filmer toute la subtilité de son jeu. Il a beau être très jeune – il est déjà une légende vivante et j'ai hâte de retravailler avec lui et de le découvrir dans d'autres films". 

Eisenberg garde un souvenir presque expérimental du premier opus: les auteurs du film n'ont cessé de tâtonner tout au long du tournage pour trouver la tonalité la plus juste. "On essayait de déterminer le bon équilibre entre le drame, la comédie et le spectaculaire, sans sacrifier le réalisme et l'émotion", se rappelle-t-il. "C'était un dosage difficile à trouver. Cette fois, on a réglé le bon mélange entre humour, émotion et spectacle en amont du tournage". Le point de vue a également changé d'un film à l'autre : "Dans le premier opus, on adopte le regard des agents du FBI qui recherchent activement ces magiciens mystérieux semblant surgir de nulle part, accomplir des exploits extraordinaires avec une précision incomparable, puis disparaître. Cette fois, on épouse le point de vue des Cavaliers qui tentent de mettre à profit leurs talents pour se sortir de cette impasse. On découvre donc de nouvelles facettes de nos personnages", indique Eisenberg. 

Tout comme le film repousse les limites de la magie, Chu repousse les limites du cinéma, comme le raconte l'acteur. "Jon a utilisé des techniques inédites sur ce tournage", dit-il. "Sa curiosité pour les apports de la technologie au profit du cinéma fait totalement écho aux exploits des Cavaliers en matière de magie. Il captive le spectateur en le rendant 'acteur' du film". Merritt McKinney, campé par Woody Harrelson (deux fois cité à l'Oscar), est l'hypnotiseur de la bande – ou plutôt un arnaqueur qui semble être à même de s'immiscer dans l'esprit des autres. Merritt possède une capacité déconcertante à lire les pensées grâce à son sens de l'observation et de la déduction. Étant donné que les auteurs ont décidé d'explorer davantage le passé du personnage, Harrelson a eu l'occasion de camper un autre rôle – celui de Chase McKinney, frère jumeau de Merritt et médium malveillant qui en veut particulièrement à ce dernier. "On s'est dit que ce serait très drôle que Woody s'en prenne à Woody", se remémore Cohen. 

"Quand on lui a demandé si cela pouvait le tenter, il a mis environ deux secondes à nous dire oui. Il est coiffé différemment, il est habillé différemment, et il a construit un tout autre personnage qui, à bien des égards, possède le charme de Merritt, mais l'exprime d'une manière autre". Harrelson est réputé pour avoir une attitude décontractée, mais il était d'un professionnalisme exceptionnel sur le plateau, selon Chu. "Son sens du rythme et de la comédie est sidérant", relate le réalisateur. "Il fait mouche à chaque fois. Mais c'est aussi un vrai boute-en-train. Tout le monde aime passer du temps avec lui. Il a adoré jouer deux personnages. Il a construit le rôle délirant de Chase – avec sa chevelure et sa dentition parfaites, et son bronzage étrange – et il s'est éclaté". 

Harrelson, qui conserve un excellent souvenir du premier film, était enchanté de pouvoir tourner la suite. "Il y avait de nouvelles pistes à explorer dans ce thriller situé dans l'univers de la magie, et j'avais hâte d'y participer", dit-il. "On s'apprécie tous beaucoup, si bien que c'était génial de se côtoyer 12 heures par jour et de se faire rire mutuellement". Pour Harrelson, Ed Solomon a su écrire un scénario complexe d'une grande originalité : "Il n'a pas ménagé ses efforts pour que le script soit le plus brillant possible", dit-il. "L'intrigue est d'une richesse extraordinaire et tout le monde s'est montré à la hauteur. Tous ceux que je connais qui ont vu le film ont eu la même réaction à la fin : 'C'est déjà terminé ?' Ils auraient voulu que ça continue. Je crois qu'on a réussi une rare prouesse : la suite est meilleure que l'original". 

Travailler avec des comédiens qui se connaissent déjà si bien aurait pu s'avérer délicat pour le réalisateur, mais Chu a su s'imposer sans problème, selon Harrelson : "C'est difficile de débarquer dans une équipe où tout le monde se connaît", reconnaît l'acteur. "Comment savoir si vous allez vous intégrer ? Bien entendu, le réalisateur est le type le plus important sur le plateau, si bien qu'on espère que ce sera quelqu'un de bien, et c'est le cas de Jon. Il a su s'approprier le scénario et il s'est révélé brillant". 

Pickpocket de génie maîtrisant le maniement des cartes, Jack Wilder est interprété par Dave Franco qui a dû apprendre à lancer, retourner, et faire pivoter des cartes avec une rapidité et une précision sidérantes. Cocktail d'action, d'humour et d'émotion, INSAISISSABLES 2 correspondait exactement au type de projet que recherche le comédien. "C'est tout ce que j'aime dans mon métier d'acteur", dit-il. 

"Le casting m'a également séduit. J'avais l'occasion de donner la réplique à des partenaires exceptionnels qui sont toujours restés très simples. Et bien que les journées aient été longues et difficiles, le tournage est passé extrêmement vite. Je ne suis pas certain de me marrer autant avec mes amis qu'avec ces comédiens !" À la fin du premier opus, Jack a mis en scène sa propre mort. Tapis dans l'ombre, les Cavaliers attendent que L'Œil leur confie leur nouvelle mission. "Cette fois, nous sommes censés éliminer un géant du high-tech qui revend des données confidentielles sur le marché noir", précise Franco. "Alors qu'on cherche à les confondre, la situation dégénère totalement et on se retrouve dos au mur. Par la suite, on tente de découvrir qui est aux commandes et comment reprendre le contrôle de la situation. Mais pour y parvenir, les Cavaliers doivent se montrer soudés. Or, on a tous agi en ordre dispersé et on a donc oublié comment mener un travail d'équipe". 

Pour compliquer encore la donne, Henley (Isla Fisher) s'est séparée des Cavaliers. Femme audacieuse au fort tempérament, elle ne supportait plus de vivre dans l'anonymat – sans parler du fait qu'Atlas se soucie davantage de découvrir l'identité du chef de L'Œil que de répondre aux sentiments amoureux de Henley. Cependant, alors que la jeune femme vaque désormais à d'autres occupations, on fait la connaissance d'un nouvel électron libre : Lula, nouvelle Cavalière, campée par Lizzy Caplan. Lula est une magicienne "geek" dont les tours ont pour but de choquer le spectateur. Elle fait la connaissance d'Atlas alors qu'elle se décapite dans son salon. "Elle est douce et pleine de vitalité en apparence, mais sa magie révèle une véritable appétence pour le sang et la violence", note Solomon. 

"C'est un personnage très drôle, à la fois à écrire et à observer, et ce sentiment est encore rehaussé par la prestation de Lizzy". Il était essentiel que la comédienne soit une dure à cuire pour s'intégrer parmi ses partenaires pour la plupart masculins. "Lizzy apporte une touche nouvelle à ses coéquipiers car elle est à même de leur rendre la monnaie de leur pièce", affirme le réalisateur. "Elle est plus coriace que toute l'équipe réunie. Si l'un de ses coéquipiers s'avisait de faire une blague, elle le surpasserait. Elle est prête à aller plus loin que n'importe quel comédien ! Et c'est la personne la plus adorable que je connaisse. C'était formidable d'avoir cette jeune femme qui fait des étincelles et qui a redynamisé le film". 

La comédienne indique avoir apprécié les tours de magie sanglants qu'elle a dû apprendre : "Je me suis retrouvé à découper des corps en morceaux", dit-elle. "Et à chaque fois que je voulais aller dans la surenchère, on m'a laissée faire". Elle se souvient précisément de la première fois où elle a vu INSAISISSABLES. "C'est un vrai plaisir d'aller voir un film au cinéma dont le but est de vous divertir", indique Lizzy Caplan. "Il y a de l'action, des explosions et des scènes extrêmement drôles. Parfois, on a simplement envie d'aller au cinéma pour rire et s'éclater, et c'est exactement l'effet que produit ce film". 

Le travail d'équipe avec des partenaires aussi talentueux a permis de relâcher la pression, comme le souligne la comédienne. "Quand on s'entend aussi bien que nous, chaque journée est un pur plaisir", dit-elle. "Jon M. Chu était le réalisateur idéal pour une bande d'acteurs aussi chahuteurs. Il vient d'une famille nombreuse, si bien qu'il est habitué à être entouré de frères et sœurs qui crient, hurlent et cassent des choses. Il ne s'énerve jamais. On avait beau être insupportables et parler sans arrêt, il était content !" Lula a un petit faible pour Jack Wilder et n'hésite pas à exprimer ses sentiments : "Elle ne se gêne pas pour lui faire du rentre-dedans en s'y prenant très mal", reconnaît Lizzy Caplan. "Dave Franco est formidable ! On a vraiment essayé de proposer des idées intéressantes pour pimenter notre histoire d'amour. C'était un partenaire épatant". 

La production était ravie que Michael Caine, comédien oscarisé, accepte de camper de nouveau Arthur Tressler, milliardaire sournois, déterminé à se venger de l'humiliation que les Cavaliers lui ont fait subir. "Michael est fidèle à lui-même", note Cohen. "Ce qui ressort toujours chez lui, c'est sa stature et son savoir-faire incomparable. Il fait mouche à tous les coups. Et puis, quand même, c'est Michael Caine !" Chu était particulièrement enchanté de diriger l'un de ses héros de toujours. "C'est un immense honneur de travailler avec le grand Sir Michael Caine", dit-il, admiratif. "On n'ose même pas imaginer, quand on est gamin, qu'on sera un jour amené à collaborer avec une telle légende. C'est un mythe, et le fait de tourner à Londres avec lui est encore plus hallucinant ! Sur le plateau, on n'arrêtait pas de lui demander de nous raconter des anecdotes sur les films qu'il a tournés". 

Le personnage d'Arthur Tressler, est particulièrement déterminé à anéantir les Cavaliers, quoi qu'il lui en coûte. "C'est un tel salopard qu'il en devient drôle, ce qui n'est pas facile à jouer", confie le comédien. "Il faut jouer un personnage comme Tressler avec le plus grand sérieux. Cette fois, il fait équipe avec une crapule encore plus abjecte que lui. C'est un film de plus grande envergure que le précédent et les tours de magie sont spectaculaires". 

Caine reconnaît avoir un faible pour la magie. "La première fois que j'ai vu un magicien, c'était à une fête pour enfants quand j'avais quatre ou cinq ans", dit-il. "Un type se baladait avec un œuf qu'il mettait dans son chapeau. Et lorsqu'il enlevait son chapeau, il y avait un tout petit poulet sur sa tête. J'étais subjugué. Ce film est un peu comme un tour de magie à lui seul. On passe son temps à chercher à comprendre ce qui se passe, mais ce n'est que vers la fin qu'on en perce les secrets". 

Morgan Freeman, comédien oscarisé, retrouve le rôle de Thaddeus Bradley, pourfendeur des spectacles de magie et ennemi juré des Cavaliers. "Le succès du premier opus s'explique en grande partie par la présence de Morgan et Michael", indique Cohen. "Ils font partie des légendes du cinéma mondial et ce sont deux professionnels hors pair. Ils avaient une scène ensemble qu'on n'arrivait pas à planifier. Quand je leur ai expliqué le problème, ils ont fait un gros effort pour revenir à Londres et tourner la séquence". 

En travaillant avec Freeman, Chu a eu le sentiment que sa vie était observée par un être omniscient. "En réalité, c'est un blagueur patenté", signale le réalisateur. "On a essayé de le chambrer, mais il n'aime pas ça. Il préfère avoir le dernier mot". Selon Freeman, ce deuxième épisode est plus inventif et galvanisant que le premier. "Pourtant, je trouve qu'INSAISISSABLES était déjà très novateur sur le plan narratif", dit-il. "Il était extrêmement bien écrit et réussissait à mettre en scène de formidables tours de magie. On n'avait pas aussi bien parlé de magie au cinéma depuis THE MAGICIAN d'Orson Welles dans les années 40. C'est tout à fait nouveau pour le public. Et si on veut tenir les gens en haleine, il faut leur offrir un spectacle inédit". 

Morgan Freeman compare la participation à une suite de film à une troupe de théâtre : "On travaille avec un petit groupe de gens pendant pas mal de temps et on noue une vraie complicité", dit-il. "On connaît le rythme de ses partenaires et on se fait confiance. On s'est tous retrouvés et on se connaissait, non seulement parce qu'on avait déjà tourné ensemble, mais aussi parce qu'on a vu le film et qu'on sait ce qu'on avait fait de bien". Dans ce deuxième volet, Freeman donne essentiellement la réplique à Mark Ruffalo, comédien qu'il admire beaucoup : "C'est libérateur de travailler avec quelqu'un comme lui", reprend-il. "Quand on joue, c'est comme si on fermait les yeux et qu'on tombait en arrière : si on sait qu'on a quelqu'un pour vous rattraper à chaque fois, c'est très facile". À la fin du premier épisode, Thaddeus a été injustement incarcéré à cause de Dylan et ses Cavaliers, mais Freeman affirme que c'est une situation temporaire… 

"Thaddeus a beaucoup de ressources", dit-il. "Il trouvera toujours le moyen de s'en sortir. Du coup, le film gagne en intensité, en action, en suspense et en moments drôles. On n'a lésiné sur rien !" Nouveau venu dans l'univers d'INSAISISSABLES, Daniel Radcliffe campe Walter Mabry, riche entrepreneur qui se terre dans le magnifique appartement d'une tour de Macao. "Walter est une sorte de jeune prodige, qui aimait la magie autrefois, mais n'a jamais été très doué", explique le réalisateur. "Il a une idée lumineuse : il se dit qu'aucun tour de magie, quel qu'il soit, ne peut résister à la science, même s'il admire toujours les Cavaliers qu'il a kidnappés pour les contraindre à exaucer ses vœux. On a déjà vu pas mal de facettes du talent de Daniel dans ses films précédents, mais il n'a jamais campé un type aussi étrange et fou". 

Radcliffe avait été frappé par la diversité des parcours des acteurs du premier opus : "C'est une bande de comédiens épatants qui apportent chacun sa propre expérience au tournage", note-t-il. "Ils donnent le sentiment de s'être éclatés tous ensemble et c'est enthousiasmant pour le spectateur". Mabry fait appel aux Cavaliers pour subtiliser un dispositif technologique sous très haute surveillance qu'il considère lui appartenir. Mais ses intentions sont bien plus troubles qu'elles n'en ont l'air. "Quand il était ado, Walter aimait sans doute la magie mais n'était pas très doué", indique Radcliffe. 

"Il ne cherche pas à ce qu'on croie au pouvoir de l'imaginaire : il veut décortiquer le mécanisme des tours de magie. Il y a un peu d'amertume chez lui car il n'a pas le talent des Cavaliers. Du coup, il cherche à sympathiser avec eux mais dans le même temps, il leur en veut". Personnage énigmatique, Mabry fait une proposition aux Cavaliers mais n'est pas homme à se contenter d'un refus. Et même s'il évolue dans les hautes technologies, il est toujours passionné par la magie. 

"Le film aborde plusieurs thèmes intéressants, comme l'opposition entre science et magie", relève Solomon. "On joue avec l'idée que de nos jours, s'il y a encore de la magie, c'est dans le domaine scientifique. Walter Mabry est un garçon gâté et brillant qui se prend pour un magicien amateur alors qu'au fond, c'est un vrai scientifique". "Jon a fait un super boulot", constate Radcliffe. "Il faut un vrai regard pour s'attaquer à un projet de cette ampleur. Grâce à lui, l'intrigue est d'une grande fluidité, malgré la complexité des scènes, et c'est un bonheur à observer. Il y a notamment une séquence cruciale où les Cavaliers sont censés subtiliser un objet sous le nez des vigiles. Jon a su utiliser la magie pour mettre en scène ce vol d'une manière inédite". 

Pour le jeune comédien, la magie réveille la part enfantine qui est en chacun de nous. "C'est très difficile d'être un bon prestidigitateur, mais les tours les plus convaincants sont souvent les plus simples et les plus efficaces", dit-il. Directrice adjointe du FBI, Natalie Austin (Sanaa Lathan) traque les Cavaliers depuis qu'ils ont disparu après leur dernier spectacle. "Je suis fan de Sanaa depuis LOVE & BASKETBALL", souligne Chu. "Quand un comédien n'a que quelques scènes dans un film, il faut qu'il soit d'une grande précision. C'était très important de pouvoir compter sur une actrice comme Sanaa". La comédienne, qui a beaucoup apprécié le premier opus, était enchantée de participer à la suite. "Il y avait là tous les ingrédients d'une grosse production, mais aussi une formidable histoire et des personnages passionnants", dit-elle. 

"L'idée de voir des magiciens surdoués participer à un braquage, puis redistribuer l'argent subtilisé aux pauvres est originale et très bien traitée". Elle affirme que ceux qui ont aimé le premier film peuvent s'attendre à davantage de tours de magie et de cascades spectaculaires. "Les acrobaties sont plus impressionnantes que dans le précédent épisode", poursuit-elle. "Les tours de magie sont hallucinants. C'est le genre de film qu'on peut revoir encore et encore, car on y découvre de nouvelles choses à chaque vision". Jay Chou, superstar de Taïwan, fait aussi ses premiers pas dans l'univers d'INSAISISSABLES sous les traits de Li, propriétaire d'une très vieille boutique de magie de Macao qui détient plusieurs clés capables de résoudre les énigmes du film. Musicien et comédien, Chou est lui-même magicien : il faisait des tours pour le plus grand plaisir des techniciens et de ses partenaires entre deux prises. 

"J'adore Jay Chou", signale le réalisateur. "Je suis fan de son travail et ma mère aussi ! Il est vraiment charmant. Ce type est capable de tout faire, il est super sympa – bref, j'aimerais beaucoup lui ressembler !" En réalité, Chou est l'un des chanteurs les plus populaires au monde. "Il a un charme fou, il est drôle et il est aussi excellent magicien", remarque Cohen. "Comme il avait beaucoup aimé le premier opus, il était ravi de participer à la suite. C'était formidable qu'il rejoigne l'équipe et grâce à lui toute la partie se déroulant à Macao est pleine de rythme". Chu reconnaît avoir beaucoup appris au contact des comédiens. "Ce sont tous de grands artistes", s'enthousiasme-t-il. "Ils ont tous su incarner leurs personnages avec force. Ils sont notre arme secrète ! Dès qu'on associe Jesse avec Dave Franco, ou Mark Ruffalo avec Morgan Freeman, la magie opère et il n'y a plus qu'à la filmer. Quand on a des comédiens de cette envergure, on peut leur demander l'impossible et ils offrent un spectacle réaliste auquel on croit totalement". 

AUX QUATRE COINS DU MONDE

Si l'histoire démarre à New York, où s'achevait le premier opus, les Cavaliers se rendent ensuite à Macao – par magie semble-t-il –, puis à Londres pour un affrontement final avec une coalition inattendue de leurs ennemis. Pour le réalisateur, le port animé de Macao était l'endroit idéal où situer plusieurs scènes-clés du film. "Dès le départ, on savait qu'on voulait embarquer les Cavaliers dans un lieu dont l'histoire est marquée par le mystère et la magie", relate Chu. 

"À Macao, on trouve un charmant mélange exotique et étrange d'architecture portugaise et de culture chinoise, le tout agrémenté d'un petit côté Las Vegas ! Tout est beau et se prête magnifiquement à l'image. L'atmosphère du lieu incarne l'esprit même du film". Par conséquent, il était essentiel pour le réalisateur de tourner les extérieurs en décors naturels. "On ne peut pas reconstituer les rues de Macao ailleurs", analyse-t-il. 

"Chaque détail compte, des carreaux des trottoirs aux habitants qui étendent leur linge aux fenêtre. En voyant les marchands ambulants, les gens qui jouent au mah-jong à chaque coin de rue et les cyclistes qui sillonnent la ville à toute vitesse, les Cavaliers ont l'impression d'avoir débarqué au Pays d'Oz ! On a souvent tourné à la volée, si bien que les acteurs ne savaient jamais à quoi s'attendre". Comptant parmi les villes les plus riches au monde, Macao est situé sur une péninsule reliée à la Chine continentale, même si elle a plus de points communs avec Hong Kong, autre ancienne colonie européenne à moins de 80 km de distance. Si Macao fait partie intégrante de la République populaire de Chine depuis 1999, elle avait été colonisée par les Portugais au XVIème siècle. 

"L'architecture reflète une mosaïque de cultures différentes", souligne Cohen. "On y trouve des immeubles Art Déco de style portugais des années 30 et des bâtiments asiatiques plus récents et, à quelques kilomètres de là, la ville ressemble à Las Vegas. C'est le genre de mélange qu'on ne peut pas reconstituer. L'animation dans les rues est délirante. On avait recruté une centaine de figurants mais vers la fin du tournage, il y avait environ 500 personnes sur le plateau !" 

Les liens ancestraux qu'entretient la ville avec la magie enrichissent le film, à l'instar des traditions occultes de la Nouvelle-Orléans dans le premier opus. Les Portugais ont été les premiers à introduire la magie à l'européenne en Asie, avant que celle-ci ne s'y épanouisse. Iong's Magic Shop, qui joue un rôle important dans l'histoire, est une boutique très ancienne qui existe vraiment. "Ed l'a insérée dans le scénario et du coup, quand on est arrivés à Macao, nous avons commencé par aller chez Iong", précise le réalisateur. "La boutique est beaucoup plus discrète que celle qu'on a construite mais elle est quand même assez délirante". Avec ses hôtels de luxe et ses casinos qui attirent les joueurs du monde entier, Macao évoque Las Vegas. L'un des établissements de la ville, le Sands Macao Hotel, a autorisé la production à tourner dans la salle de jeux. "C'est difficile de tourner dans un casino en pleine activité, mais la direction du Sands a été formidable", souligne Cohen. "On a aussi mis en place un dispositif qui a rarement été expérimenté dans un film de cette envergure : on a tourné dans l'enceinte du casino avec une caméra embarquée à bord d'un drone d'hélicoptère qui se déplaçait à 40 km/h tout en suivant les comédiens. C'était totalement fou mais ça a fonctionné". 

La chef-décoratrice Sharon Seymour a construit les intérieurs – un laboratoire ultramoderne tout carrelé de blanc, le magasin de magie poussiéreux et sombre, le marché animé et le sublime appartement-terrasse de Walter (dont la vue sur les gratte-ciel de Macao a été incrustée en postproduction) – en studio à Londres. "Lorsqu'on a su qu'on allait tourner à Macao, on a voulu faire en sorte que le rendu à l'image soit le plus authentique possible", indique Cohen. "On était conscients que la boutique Iong's et le marché allaient être des décors essentiels et on voulait qu'ils soient vivants. Sharon a imaginé un marché asiatique à plusieurs niveaux dans un bâtiment désaffecté du centre de Londres. Elle n'a négligé aucun détail. Lorsque les comédiens ont débarqué sur le plateau, ils se sont immédiatement glissés dans la peau de leurs personnages". 

La chef-décoratrice a mené des recherches minutieuses, en se documentant notamment sur l'intérieur de la véritable boutique de magie de Macao. "Nos consultants nous ont beaucoup aidés, mais avant même de les recruter, on a mené nos propres recherches", relève-t-elle. "Les couloirs de mon bureau étaient couverts d'affiches de spectacles de magie. Nous nous sommes rendus au musée de la magie de Davenport, dans les environs de Londres. Pour l'architecture du magasin de magie, on s'est largement inspiré de nos premiers repérages à Macao, où j'ai visité des boutiques d'antiquités et des herboristeries qui m'ont donné des idées pour l'aménagement intérieur". 

Il se dégage du décor de la boutique d'Iong's Magic Shop réinterprétée par Sharon Seymour l'atmosphère atemporelle d'un lieu extraordinaire ayant accueilli plusieurs générations de célèbres magiciens et illusionnistes. "On y trouve aussi bien des objets anciens datant du début du XXème siècle que des accessoires modernes en plastique", dit-elle. "C'est un lieu à part à l'image du monde de la magie". 

Au Royaume-Uni, où l'essentiel du tournage a eu lieu, la production a tourné au Royal Observatory du quartier historique de Greenwich – qui marque le premier méridien, où la longitude est définie comme égale à 0° - et sur les quais de Tilbury du port de Londres. Le tour de magie époustouflant d'Atlas, faisant intervenir de la pluie, a été filmé à la Royal Navy Academy de Greenwich et l'acrobatie spectaculaire de Lula se déroule devant le célèbre navire anglais Cutty Sark, l'un des derniers clippers transportant du thé à avoir été fabriqués avant l'avènement des bateaux à vapeur. La chef-costumière Anna B. Sheppard a mis au point des tenues vestimentaires qui reflètent l'évolution des personnages depuis le précédent film. 

"La plupart des protagonistes avaient déjà une identité bien marquée, mais ils ont un peu évolué", explique-t-elle. "On a choisi de ne plus faire porter de capuches à Atlas. Il porte des vêtements plus à la mode qui lui vont mieux et qui donnent l'impression qu'il a mûri. Dylan s'affirme davantage et on l'a donc habillé de costumes très élégants. Merritt n'a presque pas bougé". Les comédiens ont été largement sollicités sur le choix de leurs tenues. "S'agissant de Dave Franco, il porte quasiment les mêmes costumes que dans le premier épisode car il préfère rester dans l'ombre et se contenter d'une veste en cuir et d'un jean". Pour les nouveaux personnages, Anna Sheppard avait plus de liberté pour concevoir des tenues originales. 

"Faire en sorte que Daniel Radcliffe ait l'air adulte alors qu'on se souvient tous de lui en Harry Potter était un sacré défi", reprend-elle. "Il porte de très belles tenues quoique un rien excentriques : pas de chaussettes, des chaussons de velours et du Vivienne Westwood". La chef-costumière a également sillonné les boutiques et les marchés de Macao et Hong Kong pour les scènes du bazar animé, achetant 400 costumes différents représentant la moyenne des habitants de la ville. "Je suis aussi allée en Chine et en Thaïlande pour dénicher d'authentiques vêtements anciens", dit-elle. "On a trouvé des choses extraordinaires dont certaines pourraient être exposées dans un musée".

DES TOURS DE MAGIE PLUS VRAIS DE NATURE

Une fois encore, la production a fait appel aux plus grands magiciens du monde pour mettre au point des tours époustouflants que les comédiens accomplissent devant la caméra, en ayant pas – ou peu – recours aux effets spéciaux. Pour que le résultat soit convaincant, il faut que le spectateur ait le sentiment d'assister au spectacle, indique Chu. "Cela peut s'avérer difficile de tourner une scène de magie", dit-il. 

"Grâce aux effets visuels, on peut donner vie à un dinosaure ou faire venir un extraterrestre sur Terre. Mais on a souhaité que les comédiens effectuent vraiment les tours sur le plateau et on leur a donc appris à le faire. Il est essentiel que le public ne se dise pas qu'on triche – et d'ailleurs, on ne triche pas ! Les tours que l'on voit à l'écran ont vraiment eu lieu, sans effets de montage. Et par la suite, on dévoile au spectateur les dessous des cartes". Chu tenait à mettre en place des tours de magie plus spectaculaires et plus audacieux. Autrement dit, il fallait davantage mobiliser les acteurs. Ils ont donc participé à un séminaire de magie quelques semaines avant le début du tournage : ils se sont exercés pendant des heures pour travailler leur dextérité et ont appris à faire disparaître des objets et maîtriser la gestuelle et le discours du magicien professionnel. Mark Ruffalo s'est même initié au métier de cracheur de feu. 

"Le plus difficile, et le plus exaltant, c'était d'intégrer les tours de magie à l'intrigue", note Solomon. "On n'imagine pas à quel point il faut se casser la tête pour donner l'illusion de la simplicité. Je ne parle pas seulement des tours de magie, qu'ils soient modestes ou ambitieux. Je parle aussi de l'importance de créer une atmosphère de magie du début à la fin du film qui donne le sentiment qu'il s'agit d'un seul et même tour. On a cherché à faire entrer le spectateur dans l'univers féerique dans lequel on bascule quand on assiste à un spectacle de magie". Dès le développement du scénario, la production a fait appel à de grands artistes, comme le mentaliste, hypnotiseur et magicien Keith Barry et le célèbre illusionniste David Copperfield, également coproducteur du film. 

"Nos consultants sont les meilleurs dans leur domaine", précise Solomon. "Keith était sur le plateau tous les jours. David m'a beaucoup aidé à mettre au point certaines scènes-clés. Rien que le fait de pouvoir appeler David Copperfield et de lui dire 'j'ai une idée pour un tour de magie' était incroyable. David a été extrêmement disponible. Il est particulièrement attentif à la profondeur de champ et à son incidence sur le regard et l'esprit". Barry, qui se produit en public depuis l'âge de 4 ans, a fourni de précieux conseils techniques. "La manière dont fonctionne l'esprit d'Ed est hallucinante", remarque Barry. "Il multiplie les rebondissements spectaculaires qui, du coup, distinguent nettement ce film du précédent. Il est beaucoup plus rythmé et les tours de magie sont plus nombreux. Le film regorge de tours, de maniement des cartes et de séances de mentalisme et d'hypnotisme". Collaborant avec l'ensemble des départements techniques, il a fait répéter chaque comédien pour ses scènes bien spécifiques et il a travaillé avec les accessoiristes et les techniciens d'effets spéciaux, et permis à Solomon d'imaginer des tours susceptibles d'être réalisés devant un public. 

"Ce serait beaucoup plus simple de faire appel aux effets visuels, mais il est important que les spectateurs soient conscients que ce qu'ils voient à l'image a bel et bien eu lieu", relève Barry. "C'est le secret d'un bon film sur la magie. Si on fait trop appel aux effets infographiques, les gens auront le sentiment qu'on peut faire tout et n'importe quoi, y compris des choses qui ne peuvent pas être obtenues dans la vraie vie. On a pris la décision de minimiser le recours aux effets numériques, ce qui m'a beaucoup plu, car je vis pour la scène. J'espère que le public y sera sensible". 

Outre Barry, les magiciens Andrei Jikh et Blake Vogt ont été sollicités pour aider les acteurs et les techniciens à régler les aspects techniques des scènes de magie. Vogt a travaillé en étroite collaboration avec les accessoiristes pour faire en sorte que la plupart des effets soient "mécaniques". "C'est un film parfait du point de vue du magicien", observe Vogt. "Il s'agit d'une équipe de magiciens et c'est une idée formidable. Dans la vie, on travaille ensemble et on se lance des défis pour se stimuler et faire constamment preuve d'invention. Même sur le plateau, il m'arrivait de faire un tour et puis Andrei faisait un tour. On s'entraînait mutuellement. C'est génial de voir un film qui s'inspire de nos rapports". 

Jikh, expert en maniement des cartes, a initié les comédiens à manipuler des cartes avec rapidité et précision. "On a entraîné les acteurs pour qu'ils réfléchissent comme un expert des cartes", dit-il. "Ils ont appris à dissimuler des cartes en toute discrétion, à les lancer comme un ninja et à les faire passer d'une main à l'autre. Pour tout cela, il fallait concentration, entraînement et adresse. On s'est éclatés et les comédiens ont été épatants dans l'apprentissage des moindres techniques". 

Les acteurs ont dû devenir des experts en maniement des cartes en un temps record pour une séquence-clé du film. "Daniel Radcliffe a une scène où il doit utiliser une carte", précise Jikh. "Il a passé tellement de temps à perfectionner ce tour qu'il peut désormais le faire sans même regarder ses mains. Dave Franco peut envoyer une carte à l'autre bout de la pièce et atteindre une cible. Il sait attraper et jeter des cartes avec une parfaite dextérité, et s'acquitter de toutes sortes de tours de prestidigitation. Lizzy arrive à faire surgir une carte de sa veste, de sa main ou même de ses cheveux". 

Ce ne sont pas des cartes que Woody Harrelson a dû apprendre à manipuler pour camper son personnage de mentaliste et d'hypnotiseur de réputation mondiale. "Il s'est préparé au rôle de manière spectaculaire", indique Jikh. "Je l'ai vu s'immiscer dans l'esprit des gens et réussir à les hypnotiser mieux et plus rapidement que les meilleurs spécialistes. S'il décidait de mettre un terme à sa carrière d'acteur pour devenir hypnotiseur à temps plein, on aurait du souci à se faire ! Ces comédiens ont passé des heures et des heures à s'entraîner et à répéter, et c'était merveilleux de les observer". 

Le but ultime de l'équipe, selon Barry, consistait à retrouver l'émerveillement enfantin que nous perdons en vieillissant. "Ce que j'espère, c'est que le spectateur lâche prise pendant les deux heures que dure le film", dit-il. "En grandissant, on commence à comprendre comment fonctionne le monde et on perd notre propension à l'émerveillement. Si on croise un magicien dans une soirée, on se replonge dans l'enfance – cette époque où on ignorait le fonctionnement des choses. C'est le but des magiciens : on se produit devant des milliers de spectateurs réunis au même endroit et on leur donne l'occasion d'oublier leur quotidien et leurs problèmes et de se rappeler le bonheur de l'émerveillement". 

Chu espère que le film séduira les spectateurs de toutes générations. "Il y a du suspense", conclut-il. "Il y a aussi de l'émotion et des scènes à grand spectacle. C'est une aventure ponctuée de tours de magie qui réunit plusieurs immenses comédiens, légendes du septième art et futures stars. Le film devrait être inoubliable. Si on a envie de se détendre avec ses amis ou en famille, et de vivre une expérience dont on reparlera par la suite, c'est le film qu'il faut aller voir".

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